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Il faut être un peu fou pour s'engager dans l'élevage de sélection : consacrer de son temps quotidien sans discontinuer à l'entretien de ces petites bêtes qui ne connaissent ni dimanche ni jours fériés. Les nourrir, vider leurs caisses d'hygiène, nettoyer, désinfecter, les brosser et les coiffer, retirer les poils des vêtements, des sols et de partout; les surveiller et parfois se relever la nuit. Limiter les sorties et les départs en vacances pour ne pas les laisser trop longtemps seuls. Leur consacrer le budget de nos loisirs. Subir les foudres de la famille que les arrosages ou les miaulements dérangent, encourir parfois la lassitude et l'incompréhension de son entourage.

Voilà les astreintes d'un éleveur et j'en oublie. Si de telles conditions étaient imposées dans le cadre d'une activité professionnelle, nul doute que les candidatures ne seraient pas nombreuses et que les grèves y succèderaient aux mouvements syndicaux. Et pourtant, on voit l'éleveur s'y complaire et même déclarer que cette passion pour l'élevage est pour eux le sel de sa vie.. Certains s'imaginent qu'il obtient un large retour financier qui le dédommage de son temps, son énergie, son travail acharné, de sa vie familiale et personnelle trop souvent sacrifiés. Eh bien non : nul éleveur n'a jamais fait fortune et les rares éleveurs chanceux qui se retrouvent avec une trésorerie positive réinvestissent immédiatement dans leur hobby.

Alors pourquoi cette course un peu folle vers le sujet que l'on espère toujours d'exception ?

Le hasard d'une rencontre avec une boule de poils étonnante, pas forcément dans le standard, mais un regard bleu qui fascine, un look qui enflamme l'imagination, une attitude qui excite la curiosité. Puis vient le jour du premier sujet qui fait entrer l'éleveur en herbe dans l'intimité de la gente féline et découvrir la vie sous des aspects qui échappent le plus souvent au commun des mortels. Il sera le témoin privilégié des premières portées qu'il aura programmées  puis bichonnées.  Acteur et spectateur, il aura participé au grand miracle de la Vie. Peu importe les efforts, les contraintes, le temps consacré, les désillusions car le plus petit succès le pousse à aller vers plus difficile.

Le long de sa route il va rencontrer dans les divers clubs des amis tout aussi mordus que lui, qui vont souvent devenir sa famille de coeur. Il va s'informer, se former, découvrir des champs de connaissances pour lui jusqu'à présent totalement étrangers. En se mettant au service du Vivant il va prendre ainsi une part active à la préservation de la race et à son amélioration.

L'éleveur amateur sait s'impliquer et a  la passion du résultat. C'est  un artisan de la Vie. Voilà qui vaut bien un grain de folie... douce, sans doute ! 

D'après Didier LEPORTOIS :  Editorial de la revue du "Club des Exotiques ".